Dans un contexte international tendu, la 20e Conférence des parties de la CITES s'ouvrira le 24 novembre à Samarcande, en Ouzbékistan. Bien que cet événement soit largement éclipsé par la COP30 de Belém sur le climat, il pourrait avoir des répercussions majeures pour un artisanat vieux de deux siècles : la fabrication des archets de violon. Ce rendez-vous diplomatique, où la Europe fait face à des enjeux critiques, pourrait sceller l'avenir de matériaux essentiels utilisés dans la musique classique.
EN BREF
- La CITES pourrait interdire le commerce du pernambouc, bois vital pour les archets de violon.
- Un débat se déroule entre artisans, musiciens et environnementalistes sur l'avenir de cet artisanat.
- La diplomatie européenne se mobilise pour défendre cet art face aux enjeux environnementaux.
Au cœur de ce débat, se trouve le pernambouc, une essence brésilienne au bois rouge sang, très prisée pour la confection des archets en raison de ses propriétés uniques. Ce matériau est précieux ; il peut accroître de 30 à 40% la sonorité d'un violon, offrant une richesse acoustique inégalée que les matériaux synthétiques, tels que le carbone, ne peuvent égaler. Les musiciens et artisans s'inquiètent de cette disposition potentielle qui menacerait cette tradition artisanale et culturelle.
La fabrication d'archets est un art délicat, nécessitant non seulement des matériaux de choix, mais également un savoir-faire transmis de génération en génération. Avec l'essor des préoccupations environnementales, la gestion durable de ces ressources est devenue primordiale. Toutefois, des voix s'élèvent contre une restriction trop sévère qui pourrait avoir des retombées désastreuses sur l'industrie musicale.
La Réaction de la Communauté Musicale
La réaction des musiciens et des luthiers à cette éventualité est vive. Pour Jean Dupont, artisan luthier à Paris :
"La beauté sonore que peut offrir un archet en pernambouc est irremplaçable, toute interdiction affecterait profondément notre art."
La disparition du pernambouc ne serait pas juste une perte de matériau, mais une atteinte à la culture musicale elle-même.
Face à cette menace, un collectif d'artisans a initié une campagne de sensibilisation, appelant à la mise en place de réglementations qui garantiraient la durabilité de l'exploitation du pernambouc tout en protégeant l'artisanat. Le rapport entre l'art et l'environnement soulève des questions éthiques. Les artisans peuvent-ils continuer à utiliser ce matériel sans mettre en péril l'écosystème duquel ils dépendent ?
Un Équilibre à Trouver
La difficulté réside dans le fait de trouver un équilibre entre conservation de l'environnement et préservation des traditions culturelles. Les discussions lors de la conférence de CITES seront donc cruciales pour déterminer si des solutions viables peuvent être mises en place. Parmi celles-ci, le développement de programmes d'exploitation durable du pernambouc, couplés à des initiatives de reforestation, pourraient permettre de réduire la pression sur cette ressource en voie de disparition.
La situation actuelle nous rappelle que l'art et la nature ne sont pas antagonistes mais bien interconnectés. La musique, en tant qu'expression de la créativité humaine, doit également trouver sa place dans le discours sur l'environnement. L'avenir des archets de violon, et celui des artisans, dépendra d'une coopération efficace entre les différents acteurs concernés.
À quelques jours de cette conférence, la France, par le biais de diplomates et d'experts, multiplie les efforts pour plaider en faveur d’un cadre réglementaire qui permette non seulement de protéger les espèces menacées, mais aussi de permettre la continuité d'un artisanat exceptionnel. La scène musicale mondiale attend avec inquiétude les décisions qui seront prises à Samarcande.