Le front des pays émergents et pétroliers a posé de réelles difficultés lors de la COP30, qui s'est tenue récemment à Belém, au Brésil. Malgré deux semaines de discussions intenses, l'Union européenne a dû céder à un compromis mondial qui ne parvient qu'à satisfaire, au mieux, les demandes minimales concernant la sortie des énergies fossiles. Cette décision a été prise pour éviter un échec total du multilatéralisme.
EN BREF
- Accord de la COP30 : compromis sur les énergies fossiles jugé insuffisant par l'UE.
- Les financements pour l'adaptation climatique des pays en développement doivent tripler.
- La prochaine COP31 se tiendra à Ankara, en Turquie.
Wopke Hoekstra, le commissaire européen en charge du climat, a exprimé que l'accord, bien que limité, représente une étape positive : "Nous devons le soutenir car, au moins, il nous emmène dans la bonne direction." Cette déclaration fait écho à une nuit de négociations particulièrement tendues, où les Européens se sont retrouvés isolés face à des pays comme la Russie, l'Arabie saoudite et l'Inde.
Le contenu du projet final d'accord
Le projet final, rendu public samedi, n'aborde pas explicitement la question des énergies fossiles. La combustion de pétrole, de gaz et de charbon est pourtant un acteur majeur du réchauffement climatique. Le texte propose une accélération de l'action sur le climat, mais seulement de manière volontaire, et ce, sans mention directe de la sortie des énergies fossiles. En effet, le texte se limite à rappeler le consensus établi lors de la COP28 à Dubaï.
Ce compromis déçoit grandement de nombreux pays, notamment au sein de l'Union européenne, mais également de nations latino-américaines et insulaires, qui font face à des menaces croissantes, telles que la montée des eaux. Ces pays réclamaient des engagements clairs concernant l'abandon progressif des combustibles fossiles.
Par ailleurs, le texte appelle à tripler les financements pour l'adaptation climatique des pays en développement, portant l'objectif à une somme de 120 milliards par an, un enjeu vital pour ces économies fragiles.
Les attentes initiales de l'UE
Les attentes de l'Union européenne à l'égard de cet accord étaient clairement plus ambitieuses. Wopke Hoekstra a souligné que les Européens auraient souhaité davantage de clarté et d'ambition dans les engagements. Organiser cette conférence à Belém, au cœur d'une des zones les plus touchées par le changement climatique, renforçait l'urgence de la situation. Tout échec serait apparu comme une défaite diplomatique, alors même que le multilatéralisme est mis à mal dans différents aspects de la gouvernance mondiale.
Le texte a été critiqué pour sa nature plate. La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a affirmé qu'il n'y avait rien de sensiblement mauvais au sein de celui-ci, mais l'absence d'ambitions plus élevées nuit à sa portée.
Qui soutient cet accord ?
En cette année 2023, de nombreux pays se sont engagés à opérer une transition juste et ordonnée vers l'abandon des combustibles fossiles. Cependant, les Etats producteurs de pétrole, comme la Russie, l'Arabie saoudite et l'Inde, ont travaillé à effacer toute mention claire de cette transition du texte final. Cette tension entre les besoins économiques de certains pays et les impératifs écologiques se fait ressentir.
De plus, plusieurs pays en développement mettent en avant leurs restrictions financières. Ils soulignent qu'il leur est difficile de passer aux énergies renouvelables rapidement et demandent une aide financière substantielle des pays riches pour faire face à ces défis.
Malgré les insuffisances du texte, certains voient dans cet accord une victoire partielle. Un négociateur du Bangladesh a déclaré : "Pas vraiment. Mais les négociations intergouvernementales travaillent sur le plus petit dénominateur commun. Notre combat continue."
Enfin, la présidence brésilienne a consenti à inclure en dernière minute une "feuille de route" concernant la sortie des énergies fossiles, tout en restant vague. Ceci démontre que le chemin reste long vers une véritable action collective face à l’urgence climatique.
Alors que la COP31 s'annoncera à Ankara, il sera crucial de voir si l'élan se poursuivra ou si ces compromis continueront à entraver les ambitions écologiques collectives.